jeudi 22 septembre 2011

Lettre adressée au Président Jacques Chirac, Novembre 2003, sur la révision des "lois de bioéthique" :

Le 14 novembre 2003,
A l'attention de Monsieur Jacques Chirac, Président actuel de la République Française,


"Je me présente, je suis actuellement étudiant en maîtrise de philosophie - dont le sujet d'étude est le clonage thérapeutique et reproductif dont la bioéthique, le droit et la législation sont les dérivés principaux - à l'université Pierre Mendès-France de Saint Martin d'Hères (38). Je me permets de vous écrire en toute liberté, n'étant alors sous l'emprise d'aucune contrainte ni d'aucun organisme qui aurait dès lors altéré ma réflexion. C'est en qualité d'esprit critique et à titre personnel que je m'exprimerai.
Etant donné la révision des lois dites "lois de bioéthiques" datant de 1994, au mois de décembre de cette année 2003, je souhaitais - sans prétention aucune mais à la lumière d'une pensée non pervertie et en rien corrompue - partager avec vous et votre cabinet présidentiel, le cheminement de mes idées.
Ces derniers temps, des demandes d'assouplissement des "lois de bioéthiques" vous ont été adressées. Pour certaines, elles semblent justifiées voire louables. Cependant, je tends à espérer que celles-ci, malgré leur caractère séduisant, ne vont pas influencer votre imperméabilité législative car il s'agit là de décisions importantes touchant à l'identité même de l'être humain.
Il est bien évident que je n'ai pas l'intention de vous apprendre que des demandes singulières ne peuvent faire office de lois. Mieux que moi, vous savez qu'une loi est érigée en règle de vie en société, reposant sur son caractère généralisable et applicable à tous, sans exception, selon une perspective du bien commun. Néanmoins, certains cas particuliers font l'objet de nombreuses discussions qui pourraient, à eux-seuls, incliner votre jugement et par conséquent, vous faire envisager de réviser le moratoire voté sur les recherches concernant l'embryon.
Tant de techniques biomédicales sont à la croisée de la manipulation de l'embryon humain, telles que le diagnostic préimplantatoire (D.P.I), le transfert nucléaire, le clonage thérapeutique et reproductif, bien d'autres encore. Il est devenu manifeste que les techniques dans le domaine de la biomédecine se développent à une vitesse vertigineuse. Face à ce phénomène, les citoyens se sentent responsables et s’octroient de nouveaux droits, allant jusqu'à la consultation du médecin, du généticien, du gynécologue leur suggérant un monde de possibles faisant appel à ces techniques nouvelles non maîtrisées, inquiétantes pour l'éthique, pour une probabilité de réalisation réussie quasi nulle. Ceci engendre la difficulté, pour le spécialiste, de se faire comprendre et entendre par le futur "patient", ou pourrait-on dire "client" car conserve-t-il un pouvoir de refus face à la pléonexie de l'univers des possibles techniques qui s'offre à l'être humain par le biais du techniquement réalisable ?
L'être humain se trouve dès à présent face à lui-même, il a dans les mains le potentiel technique qui va faire de celui-ci un être d'autant plus singulier parmi les autres êtres vivants : un être capable de se déroger des coups du sort, du hasard, de l'imprévisible, de la maladie, de l'impossibilité génétique et biologique, etc. Néanmoins, est-ce parce que l'on peut que l'on doit ?
Les recherches, la réflexion, ne sont pas suffisamment abouties pour pouvoir autoriser ni même interdire définitivement le recours nomologique et systématique à ces techniques. A ce jour, le moratoire se dessine comme étant la seule décision plausible dans l'état actuel des choses. Se précipiter dans la rédaction d'une quelconque loi serait comme avancer les yeux fermés dans un univers inconnu et méconnu dont on ne mesure pas la portée.
De simples questions vous conduiront à considérer cette lettre. Ces questions, restées sans réponse satisfaisante, ne peuvent vous permettre de réviser les "lois de bioéthiques" et ne peuvent conduire, contrairement à certains députés tels que Pierre-Louis Fagniez, député UMP (Val de Marne), à proposer une "autorisation à titre exceptionnel" pour reprendre ses propres termes issus du quotidien "La Croix" du mardi 21 octobre 2003.
Qu'est-ce que l'embryon ?
Existe t-il une alternative au clonage et à la manipulation de l'embryon ?
A quel stade du développement embryonnaire peut-on parler d'être vivant ?
Les critères de conception sont-ils à l'origine d'une permission de naître ?
Le cheminement du clone, de l'embryon manipulé - ou faisant l'objet d'une quelconque technique biomédicale - vers une constitution personnelle, sera t-il tellement contraire au nôtre à tel point qu'"ils" ne pourront jamais accéder ni à l'espace ni au discours de la personne humaine ?
Qui fournira des dizaines d'ovocytes pour les transferts de noyaux ? Sera-ce l'émergence dès lors d'un nouveau sésame bio-économique de profit ?
Combien de transferts chez une même femme pour aboutir à une grossesse ? Quelles sont alors les conséquences pour elle du trop faible succès des techniques biomédicales ?
(...)


Je vous remercie, Monsieur le Président, pour l'intérêt que vous porterez à cette lettre. Je demeure disposé à développer mes réflexions et mes recherches si tant est qu'elles soient pertinentes dans la progression de la pensée.


Cordialement.
Philippe LEFEBVRE."

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