lundi 22 novembre 2010

Les maux des mots

« Pourquoi écrire ? Le mot, cette signature de nos pensées couchées sur du papier. Usé, froissé, déchiré. Mais de quoi parle-t-on ? Du mot ou du papier ? Tout cela t’use. Quant à moi, me froisse… pour finalement nous déchirer.

Une parole, un geste… Que faire pour que tu lises ces mots ? Te le dire ? Impossible. Quoi ? Etaler à l’encre noire des mots figés par la lettre ? Une idée absurde ! Mes mots ne m’appartiendront plus dès le moment où je les aurais dessinés de ma main tremblante et confuse, perdue dans le tourbillon du choix des meilleurs parmi l’univers stérile du phrasé strict, triste, sommes toutes… vide.

Rendez-moi mes écrits, ils ne sont pas pour vous, aucun. Que comprends-tu aux larmes qui tombent sur ce cahier, tâchant la forme, diluant les ardeurs d’une écriture sans vie ? Le sens. Quel sens ? Mon esprit meurt alors que tu lis ces mots, à ma place. Mais quelle place ?

Ivres sont les lettres qui se bousculent les unes les autres, cherchant l’ordre pour illustrer l’émotion. Plume, quel obstacle tu es entre l’encre et l’esprit copiant le geste acquis d’une idée illustrée ! Un traitre, un usurpateur, ce geste qui me vole ce que je n’ai pu exprimer.

Ma voix, mon corps, mon regard… Sont-ils ces mots que tu n’as pas su retrouver dans ces lignes ? Arrête. Tu lis avec ta tête. Je deviens autre, je perds tout, je suis mes mots… Non ! Erreur. Pire. Faute ! Je t’avais prévenue, mais tu recommences, encore. Que sont des mots sans celui qui les a peints ?

Réfléchir.

Que faire ? Ecrire naïvement en espérant quelque chose qui ne se peut ? Tu ne pourras, au mieux, qu’imaginer ce qui se cache derrière ces gribouillis, cet alphabet mis en rang dans une folie poétique qui ne comprend pas à quel point il est limité. Trop. C’est le mot juste pour une fois.

Chercher dans le chaos de mon âme à formuler ce qui ne peut se contenir dans la rigueur d’une langue, d’un texte… Où est la lumière dans cet exercice périlleux de la syntaxe qui se bat avec la grammaire pour satisfaire la conjugaison ?

Tu m’as oublié.

Une lueur. Une idée. Tu es usée car je me froisse de te voir déchirer ce que je n’ai pu que t’écrire, mais trop tard, sans jamais te le dire. Tu as raison. M’oublier. Mais pas tout à fait.

Ce serait si simple. Pourtant, le temps s’est moqué de moi, mon souvenir en joue, mon cauchemar est né. La réalité m’assomme, comment ai-je pu oublier ? Ces mots, je ne les ai pas écrits. Jamais. Mais alors, les aurais-je… lus ?

Rendez-moi mes écrits.

Ces mots pleurent de ne pas être prononcés. Mais par qui ? Elle ? Insensé ! Mais alors... Serait-ce, et j'en ai bien peur, par son auteur ?

Ne jamais les lire.

Il faut les écouter. Mais comment ? En les regardant se mouvoir sur les lèvres de la pensée qui danse la valse du pardon. Ne lis plus seule. Ferme les yeux. Fais taire la raison. Laisse-moi…

Te déshabiller de ma voix, te désarmer de mon regard. Plus de malentendus. C’en est assez ! Tout devient clair et simple. Les mots s’envolent, on s’évade, on oublie, tout… Tout ? Non. Jamais les cris, même sur du papier. »

Le 23/11/2010

Phil.L.