« Une pensée qui ne peut vous quitter a sa raison d’être, pour peu que l’on soit réceptif à sa présence en nous. Une pensée peut se transformer en idée, cette même idée peut occuper toutes vos pensées. Pour autant, toutes ces pensées peuvent-elles être rationalisées, intellectualisées, gérées par l’esprit ou plus simplement, comprises ?
Sans le savoir, chaque être humain se distingue - en outre - des autres espèces vivantes - dont il fait partie - par un phénomène qui le touche lui et seulement lui, faisant de celui-ci un être complexe et particulier : l’inexplicable. Chaque individu, à un moment dans sa vie, sans jamais savoir quand cela se produira, sera confronté à l’inexplicable. Or, en quoi cela consiste ?
Il s’agit de nuancer ce propos en faisant apparaître une limite car, en effet, bien qu’ils aient tous en commun cette particularité qu’ils partagent - sans même en avoir conscience - les êtres humains sont-ils néanmoins tous capables d’identifier cet inexplicable lorsqu'il se présenterait ou ne subsisterait-il pas un risque de passer à côté ?
Sans entrer dans les considérations qui incrimineraient cette idée, telles que la mortalité infantile, la guerre, la maladie et tant d’autres qui seraient un obstacle à la réalité de ce phénomène anthropique, il serait plus pertinent d’envisager le fait suivant : chaque être humain a potentiellement en lui la particularité de vivre l’inexplicable, d’y être confronté, à un moment quelconque de son existence.
Après avoir concédé cette nuance, force est de constater que cela soulève plus d’interrogations que n’apporte de réponses. Quand bien même chacun serait capable de se dire : « je crois qu’il se présente à moi », comment en être tout à fait certain ? Il est dans la nature de l’inexplicable de ne pouvoir être expliqué. Or, l’esprit accorde t-il un quelconque crédit à ce qu’il ne peut - et ne doit – donner sens ? Ne sait-on jamais dès lors quand les traits de l’inexplicable prennent forme devant nos yeux ?
Dans l’hypothèse où un phénomène serait identifié par un individu comme étant l’inexplicable de sa vie, comment réagir face à celui-ci ? Va-t-on tenter de l’enfermer dans quelque chose dont on aurait la maîtrise afin de nourrir l’espoir de lui conférer un sens ? Le réflexe ne serait-il pas alors de s’essayer à l'exercice d’expliquer l’inexplicable, au moyen d’un média, qui est propre à chaque individu appartenant à l’espèce humaine : l’esprit, la cognition, la raison, la réflexion ?
La manifestation de l’inexplicable varie en fonction des individus, il serait convenable de préciser qu’à chacun, est affilié son propre inexplicable en ceci que, parmi nos semblables, nous avons tous en commun la caractéristique d'être différents et ainsi, nous entrevoyons la vie selon nos propres schémas et nos critères les plus personnels. Aussi, l’inexplicable - s’il fallait le faire entrer dans la rigidité d’une conception - est polymorphe, hétéroclite, varie d’un individu à l’autre. Pour certains, il prendrait la forme du fait religieux, pour d’autres du hasard, d’autres encore de l’irrationnel, what else ? Il revêt autant de formes que de tentatives de l’expliquer, en vain, répondant aux affinités de chacun et aux situations les plus diverses.
Néanmoins, après abandon de conférer une quelconque rationalité à ce qui ne l’est pas – ou dont la rationalité serait telle qu’elle dépasserait les facultés d’entendement chez l’être humain – l’inexplicable, parfois, se manifeste sous une forme des plus intrigantes : l’évidence.
Un phénomène, un évènement, se manifeste dans la vie d’un individu sans qu’il ne puisse lui conférer de raison d'être. Ineffable, il ne s’agit pas de le comprendre, mais bien de le vivre. Quoi de plus décontenançant pour cet être doué (affublé ?) de raison qui tente de tout expliquer afin de conserver une soit-disante "maîtrise" sur les choses dans une arrogance certaine et un manque de modestie ? A cette première étape - si déroutante soit-elle -, vient s’ajouter un caractère de manifestation : l’évidence. Ainsi, dans certains cas, se présente à l’individu un phénomène dont il ne peut répondre et qu’il ne contrôle pas, mais, en plus de cela, il se déroule sous le joug de l’évidence. L’être humain ne peut lui conférer le moindre de sens, pour autant, il se dessine sous les traits de ce qui ne peut être nié, ce qui pousse irrémédiablement à l'acceptation du caractère extraordinaire de ce phénomène.
Aucun mot ne serait adéquat pour en rendre raison. Qui plus est, bien que l’individu soit sous son emprise, tout semble se dérouler comme si cela avait été ficelé à l’avance, de manière naturelle, presque magique : l’évidence.
Mais alors, comment l'intégrer à la vie de tous les jours, qui est régie par un amoncellement de rationalités, commandée par l’esprit, l’inexplicable, même si celui-ci est évident ? L’inexplicable se manifeste en faisant abstraction de l’univers que vous vous êtes créé, de votre situation, de ce qu’était alors votre vie avant lui. Pour autant, faut-il lui accorder moins de crédit du simple fait qu’il ne se serait pas manifesté quand cela aurait été plus opportun pour vous ? Est-ce à l’inexplicable de s’adapter en fonction de l’être humain ou bien à celui-ci de réagir, de reconsidérer les choses a fortiori ?"
Phil.L.
24/02/2011
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