dimanche 30 janvier 2011

Extrait de "La perspective du clonage humain thérapeutique et reproductif selon une vision différente de la notion d’embryon"



« La question du possible « clonage humain » - qu’il soit thérapeutique ou bien même reproductif - est devenue un lieu commun du XXI° siècle. Présente dans l’esprit de tout un chacun, elle est, de nos jours, monopolisée par les médias, vigoureusement débattue par les scientifiques, médecins, philosophes, théoriciens de tous genres. Il est cependant intéressant d’évoquer ici en quoi ce thème si particulier demeure affectant ? En quoi est-il capable de susciter l’émoi et l’interrogation des plus troublants, n’étant pourtant qu’une petite parcelle inscrite dans le sillon des nombreuses préoccupations de la bioéthique, mais en aucune manière une évocation qui serait récente – le clonage, en effet, trouve son histoire gravée dans les temps anciens de la pensée mais aussi dans la nature - ? Néanmoins, bien qu’étant une source de réflexion immémoriale, celle-ci, liée à ce siècle qu’est l’essor du théoriquement pensable, du manifestement probable, du techniquement réalisable, elle évolue dès lors dans une toute autre spirale de jeunesse qui la rend dynamique et la place au centre des intérêts les plus divers.

Réfléchir à la question du « clonage humain » en général ainsi que sur celle-ci dans ses particularités - faisant notamment intervenir ses deux volets qui sont, d’une part, les aspects thérapeutiques ; d’autre part, les aspects reproductifs engendrés par ce thème - reste une abstraction de la pensée difficile à canaliser. La crainte de s’engouffrer rapidement dans les tourments contradictoires et les pentes glissantes font s’opposer deux rapports de force. D’un côté, la non-réalisation actuelle du sujet en question (en effet, il n’appartient pas en ce monde, de façon officielle, reconnue et prouvée scientifiquement, un « clone humain » vivant) implémente un caractère singulier à cette réflexion, qui se dessine selon des traits déchirés entre la prospective, l’anticipation de la pensée sur le réel probable en théorie mais non actualisé, la fabulation de l’esprit en activité confrontée à l’entonnoir technique et pratique qui, prit de vitesse par cette sphère, tente de la rattraper à tout prix, négligeant par là, le plus souvent, les conséquences que ce phénomène, une fois réalisé, engendrerait. De l’autre, cette tentation, à la fois repoussante - bien que stimulante - de dire que ce phénomène de science, placé dans les mains de l’homme, n’appartient pas encore à la nature.

Cette probabilité évènementielle qui rend le théoriquement pensable lié au techniquement réalisable, toile tissée d’un fil commun entre le penser et le faire, le théorique et le pratique, tout ceci plonge l’homme dans un tourbillon hallucinatoire qu’il ne maîtrise pas, ouvrant la porte à tant de possibilités qu’il finit par croire, qu’en fait, ce n’est qu’une question de temps et de perfectionnement technique pour que cet horizon prenne vie au sein de la communauté des hommes.

Le clonage est un processus biologique appartenant à la nature de certaines espèces sans pour autant susciter chez l’homme, législateur parmi les espèces, la moindre envie d’y faire intervenir le droit juridico-politique afin de statuer quant à la valeur de ce phénomène empirique. Outre cela, quand il s’agit d’anticipation spéculatrice concernant l’assimilation de ce processus biologique à l’éventualité d’immiscer cette réalité observable, et par là scientifiquement connue, dans un univers qui lui est, par nature, étranger – il faut comprendre la sphère humaine en général – cela créé des tensions métaphysiques, éthiques tout autant que médicales, anthropologiques et bien d’autres encore.

Toutefois, la spéculation gagne vite les esprits les plus réactifs et, sans même y avoir songé auparavant, l’homme se voit débattre, étudier, argumenter, peser le pour et le contre d’un procédé non réalisable ni en absolu, ni dans l’immédiat. Prenant part de ces diverses considérations, la question se mûrit en l’esprit aventurier chez l’anthropien pour basculer de la possibilité technique d’un procédé observé dans la nature - bien qu’applicable, ou non, à la sphère du vivant humain - à la permission législative et politique se dressant au devant des moratoires. L’homme en vient à ne traiter que cet aspect du problème : faut-il, ou non, autoriser le probable « clonage humain » quel qu’il soit ou même délimité ? Les moteurs de la discussion sont multipliés tant ils sont emprunts à la médecine, la philosophie, au religieux, au politique…

Cette vision réductrice de la pensée fait inévitablement l’économie des divers angles d’attaque du phénomène à examiner. Aussi, il n’est plus question de considérer le probable ou l’inéluctable clonage humain selon ces critères, dans lesquels l’homme s’enlise sans qu’il ne puisse s’en rendre compte. Tout au contraire, et afin d’élucider cette question bataillant contre des échos sans résonance, il s’agira de s’intéresser à un point central bien souvent oublié ou laissé pour compte qui pourrait, à lui seul, faire basculer toute la réflexion en se posant en principe : une pensée qui considère l’embryon – pièce maîtresse du puzzle – autrement que de la manière dont l’homme l’incombe d’ordinaire. Ce regard dépoussiéré permettrait l’absolution aporétique à ce dilemme qu’est la représentation, par l’homme, du « clonage humain » en son sein.

Quand bien même ce projet, audacieux s’il en est, n’aboutirait pas à ses fins et par là, n’aurait servi qu’à méprendre sur le sujet en question, il aurait au moins le mérite d’être suggéré à l’esprit critique. Ainsi, sa falsification engendrerait une avancée dans la recherche intellectuelle ouvrant probablement de nouvelles portes qu’il s’agirait d’ouvrir et non de laisser fermées sans justification suffisante. »

Phil.L.

31/01/2011

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