samedi 22 janvier 2011

Extrait de "La juste place de l’homme et son rôle sur Terre. Pour une nouvelle nomenclature des droits en vue d’un consensus planétaire."


Le décalage.

"Dans le schéma de la causalité de l'agir face à ses répercussions, il est une donnée inhérente au mode de fonctionnement de l'espèce humaine : l'immédiateté. L'appréhension de ce phénomène observable à très court terme est en corrélation avec la manière dont chaque humain construit sa vie.
Un acte, quel qu'il soit, entraîne nécessairement une réponse à son avènement, qui se manifeste sous la forme d'une conséquence. Entre ces deux moments, la mesure du temps qui les sépare semble observable, de sorte à entraîner une certaine immédiateté dans la réponse causale. Il y a comme un enchaînement qui n'implique ni la patience ni l'attente dans la réaction à venir.
L'immédiat, le court terme, sont inscrits dans l'illusion de "contrôle" en tout individu.
Or, qu'en est-il si les répercussions visibles et vécues de l'agir humain sur ce qui l'entoure - que ce soient sur les espèces de la biocénose dont il fait partie, les biotopes, les écosystèmes, la biosphère, la planète qui l'accueille... - ne correspondaient à son mode de conception ?
Le décalage orchestré dans la temporalité entre un acte et sa propre conséquence, empêche l'homme de réagir en temps et en heure, mais bien à contre temps.
Si l'on prend l'exemple des conséquences des gaz à effet de serre (GES). Ceux-ci sont émis à un temps zéro (T0) mais leurs effets ne seront observables que 30 ou 40 ans plus tard dans le temps (T30 ou T40) par rapport à l'émission initiale. Ainsi, à l'action de départ (T0) ne correspond pas une réponse dans l'immédiat à laquelle on pourrait imputer le lien de causalité et le concept de responsabilité.
Une nouvelle forme de conception et d'appréhension dans l'agir se dessine, celle de la compréhension et de l'imputation du décalage temporel. Néanmoins, l'homme se voit en difficulté quand il s'agit d'intellectualiser ce décalage, étant bien trop ancré dans ses habitudes de l'immédiat. Qu'en est-il alors de la responsabilité des actions humaines - qui demeure un facteur essentiel dans la prise de conscience - s'il s'agit d'envisager un tel décalage temporel ?
A chaque action, si sa conséquence se manifestait, d'une manière ou d'une autre, systématiquement selon une temporalité immédiate, l'homme agirait-il toujours tel qu'il l'a toujours fait ou remettrait-il en question la nature de ses actes ? Pour reprendre l'exemple cité, si les conséquences des émissions de GES se manifestaient systématiquement de manière immédiate à l'homme, continuerait-il à en émettre ou repenserait-il son mode de vie et de consommation ?
L’homme, de nos jours, a inscrit son esprit et son mode de vie dans une temporalité restreinte, à court terme, prônant l’immédiateté du tout de suite. De ce fait, on comprend mieux ses difficultés pour appréhender à moyen, voire à long terme, un décalage temporel dans la causalité et son effet visible. Néanmoins, la connaissance a mis à jour cette lacune. Pour autant, on assiste à une passivité dans la réaction de l'agir humain malgré le fait qu'il soit doué de la faculté d'avoir pu entrevoir ce phénomène et d'en mesurer ses conséquences. Ce qui était alors excusable n'a plus de raison d'être à présent."

Phil.L.
23/01/2011


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