jeudi 9 décembre 2010

Dans l’attente de ton retour

« Une larme coule le long de mon visage qu’essuie le vent glacial du mois de novembre. D’où vient-elle ?

Une réaction - due au froid - fait jaillir ce liquide incontrôlé qui brûle ma peau. Amère pour être si salée, la marque de son parcours me réchauffe jusque dans mon cou… Quelle sensation contrastée.

Ce n’est pas encore l’hiver, mais on s’y croirait. Quoi d’autre ? Vous croyez ? Non, j’en doute. Une émotion ?

Mais laquelle ? Après tout, je suis un homme. C’est bien connu, un homme ne pleure pas ! C’est vrai. Pas devant toi. Quand tu n’es plus là. Trop tard.

Dehors c’est la transition des saisons.

Le calendrier ne se trompe pas, c’est l’automne. Et pourtant, il semble déjà avoir laissé place à la quatrième saison. Sans équivoque. D’ailleurs, l’oreille alerte lors de mes déplacements parmi la foule - la tête confinée dans les épaules, exhibant des visages disparus derrière des écharpes qui ne permettent plus d’identifier les passants, regrettant d’avoir oublié leurs bonnets - j’entends la plainte sempiternelle qui répète à l’unisson : « c’est l’hiver ! ».

Déjà ! Je frissonne. Mais où est passée mon année ? Je la maîtrisais pourtant si bien alors qu’elle débutait. Le temps de fermer les yeux, elle s’est envolée, devant moi. Comment la rattraper ? Jamais.

La lumière cède sa place à l’obscurité. L’heure, changée, raccourcit mes journées qui, toutefois, comptent interminablement autant d’heures. La pluie, le brouillard, le vent, le froid, le noir… Mais que se passe-t-il ?

L’attente.

Je l’espère. D’autres la redoutent. Elle n’arrive jamais quand je la souhaite, seulement quand elle le décide. Impuissant. Je ne peux rien faire, juste l’accepter. Qui donc ? Elle ? Non.

Je me concentre, vide mon esprit. Souviens-toi, tu n’y crois plus. Alors quoi ?

Mais oui, c’est ça. Quoi et non qui. Mes pensées à l’arrêt, ma tête glacée par ce froid brutal, j’ai tout mélangé. Ne pense plus à elle

Impossible.

L’enfance revient au galop, comme si elle s’était éloignée un jour. J’avais juste décidé de ne plus l’écouter, de la ranger, parfois avec soin, d’autres fois en l’offensant. Finalement, je n’ai rien oublié. Ni son parfum, ni sa promesse. Je m’égare. Le froid sans doute.

Quelle déception - tel un enfant - de s’apercevoir qu’aujourd’hui, une fois de plus, elle n’est pas là. La patience ne renferme de saveurs que dans l’assurance de la voir avec certitude ! Sinon à quoi bon ? Mais de qui parles-tu ? Arrête. Elle n’est plus là. Quoi ?

J’ai compris. Ne pas dire qui mais quoi ! C’est malgré tout si évident. Mais mon cœur me trouble. A peine évoquée, que dis-je, murmurée - car sans cela elle pourrait renoncer à sa fragile apparition - le sourire réapparait sur mon visage mais personne ne le distingue derrière mon écharpe. C’est alors que le temps ralentit, d’un seul coup il ne semble plus glisser entre mes doigts.

A tout moment.

La vie se réserve ce privilège de surprendre à chaque instant. Etre prêt. Mais une fois advenue, n’ai-je pas préféré la durée de l’attente, ce temps fuyant et porteur d’espoir ? Incapable d’apprécier ni l’avant, ni le pendant, encore moins l’après. Insatisfait à jamais.

La pluie se durcit dans le ciel. Est-ce pour aujourd’hui ou va-t-elle décliner, une fois de plus, son invitation ? A trop y croire, je ne m’y attends plus. A trop attendre, je n’y crois plus.

Chaque année, à la même période, je souhaite ton retour. Certains s’en plaindront. Peu importent. Je ne les écoute pas, le charme serait rompu.

Soudain, comme tombée du ciel, venue de nulle part, tu fais une timide apparition. Je ne te perçois pas encore que déjà je te devine. Ta silhouette se dessine tandis que mon cœur palpite. La joie, le sourire, la simplicité d’un sentiment - jadis éprouvé - qui renait avec la même intensité. Oui, c’est bien elle. Je le sens, je le sais.

Mais qui ? Quel est ce nom qu’il me tarde de scander ? Mieux encore, de fredonner du fait de l’avoir entendu être à peine prononcé ? Il résonne en moi, tel un chant de noël chez un enfant, émerveillé devant ses cadeaux, apportés par cet homme à la longue barbe blanche.

Blanche.

Cette couleur me rappelle ce beau manteau que tu portes à chacune de tes apparitions.

Tandis que l’obscurité de la saison voile ma vision, je te sens, tant ton souvenir, caressant ma peau, a laissé une trace à jamais fraîche et humide. Je vois tes prémisses, tu prends forme devant mes yeux. Je ne rêve plus ? Il s’agit bien de toi… Une lueur me permet de t’apercevoir. Tu n’as pas changée, restée la même, c’est tout ce que j’espérais.

Sur mes lèvres, grelottantes par ce froid qui semble s’être enfin conforté, les yeux remplis d’émotion, les mains ouvertes, on peut y lire ce qui, depuis si longtemps, n’a plus été énoncé…

Il neige. »

25/11/2010

Phil.L

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